Le questionnaire a été envoyé à toutes les têtes de listes candidates à Autun, Anost, Etang sur Arroux, Couches, Epinac, Saulieu, Château-Chinon, Le Creusot, Curgy, Auxy, Antully, Broye, La Grande Verrière, Marmagne et Sully[1].
Sur 35 questionnaires envoyés, nous avons reçu 8 réponses.
Ce résultat est par lui-même fort inquiétant, ajouté au fait que de nombreux programmes qui circulent sont proches du néant en matière d’environnement et de climat. Nous ne pouvons qu’inviter les citoyennes et citoyens à interpeller les candidats avant et après les élections !
Dès lors, nous remercions tout particulièrement les candidates et candidats qui ont pris en considération notre sollicitation :
- Cyril BRULE, tête de liste à Saulieu, ( Réponses C. BRULE )
- Louis BASDEVANT, tête de liste à Anost, ( Réponses L. BASDEVANT )
- Véronique PACAUT ( Réponses V. PACAUT ), Sophie DROUHIN ( Réponses S. DROUHIN ) , Vincent CHAUVET ( Réponses V. CHAUVET ) et Rémy REBEYROTTE ( Réponses R. REBEYROTTE ) têtes de listes à Autun
- Didier LAUBERAT ( Réponses D.LAUBERAT ) , tête de liste au Creusot
- Guillain GILLIOT ( Réponses G. GILLIOT ) tête de liste à Marmagne
Il nous semble qu’ils ont fait preuve de sérieux et de sincérité dans leurs réponses et ils nous rassurent sur le fait que le « backlash écologique[2] » n’a pas gagné ces élus.
Jean-François ALUZE, tête de liste à Broye, n’a pas renvoyé le questionnaire mais propose une rencontre après les élections que nous honorerons évidemment. Jérémy COQUARD, tête de liste à Couches, a accusé réception du questionnaire le 8 mars et sollicité un entretien téléphonique.
Synthèse des premières réponses reçues (au 9 mars 2026) et éléments d’analyse – voir sur le site d’Autun Morvan Ecologie les éventuelles mises à jour [3]
La question 1 portait sur les principales motivations personnelles des candidats. Nous avions en référence l’enquête du Shift project qui a posé à peu près les mêmes questions à un panel de plus de 3000 candidats aux élections municipales[4].
Les réponses reçues localement se distinguent peu de l’échantillon national. L’emporte la préoccupation de tous les candidats ayant répondu pour le cadre de vie des habitants, leur santé et leur protection contre les effets du réchauffement climatique. Les questions économiques, comme la réduction des dépenses énergétiques, l’obtention de subventions, l’attractivité du territoire ou la création d’emplois locaux sont nettement moins citées.
Un seul répondant, Vincent Chauvet, cite comme motivation la réponse à une demande forte de nombreux citoyens, alors que, au national, 77% des Français estiment que leur maire ne met pas assez d’actions en place pour lutter contre le dérèglement climatique[5].
Quatre répondants, Véronique Pacaut, Rémy Rebeyrotte, Didier Laubérat et Guillain Gilliot évoquent un intérêt personnel fort pour l’écologie.
La question 2 portait sur les arguments que les candidats souhaiteraient mobiliser pour faire adhérer les habitants aux politiques de transition écologique et énergétique. Nous avions là encore la comparaison avec le panel national. On notera là encore l’angle retenu du cadre de vie et du confort, ainsi que l’avenir des jeunes générations. Nos répondants se distinguent toutefois en mettant un peu plus en avant la contribution à l’effort de neutralité carbone (argument principal pour Cyril Brûlé, Vincent Chauvet, Louis Basdevant et Guillain Gilliot), qui renvoie davantage aux engagements nationaux et internationaux. La notion de risques est moins mise en avant. Seuls Didier Laubérat et Rémy Rebeyrotte privilégieraient d’associer le plus d’associations et d’habitants possibles à l’élaboration du Plan Climat Air Energie Territorial (PCAET).
La question 3 portait sur la pertinence des actions à mettre en œuvre, parmi une liste proposée par notre association.
Il ressort clairement que les candidats délaissent les documents d’étude et de cadrage, comme les diagnostics de vulnérabilité, les bilans de gaz à effet de serre, les analyses de radon… au profit d’actions plus concrètes.
Parmi celles-ci, notons plusieurs aspects :
- les candidat.es autunois.es et creusotin.es ayant répondu jugent prioritaires ou très importante la désimperméabilisation des sols, ce qui semble cohérent avec le caractère plus urbain de ces deux communes.
- les questions liées à l’eau et à l’assainissement sont jugées très importantes par presque tous les répondants, comme dans le panel national, à l’exception de Rémy Rebeyrotte et de Guillain Gilliot, un peu avant la rénovation des bâtiments
- un point qui nous inquiète : l’information et la concertation des citoyen.nes, la publication de l’ensemble des analyses… ne font pas l’unanimité en termes de priorité. Pour nous, l’association étroite des citoyen.nes aux politiques de transition est pourtant un passage obligé
- un autre point qui nous rassure plutôt : tant Cyril Brûlé que Louis Basdevant, Vincent Chauvet, Sophie Drouhin et Guillain Gilliot veulent soutenir et développer la filière bio agricole
- d’autres sujets clivent davantage les candidats :
- le développement de nouvelles énergies renouvelables n’est jugé prioritaire que pour Vincent Chauvet, et très importante pour Didier Laubérat et Guillain Gilliot. La « timidité » des autres candidats nous questionne car le potentiel de développement des énergies renouvelables reste important, et créateur d’emplois locaux non délocalisables et de retombées fiscales
- le respect strict de la loi Egalim (compétence communautaire) est affiché comme une priorité par Vincent Chauvet, Rémy Rebeyrotte, Louis Basdevant et Sophie Drouhin. Véronique Pacaud renvoie à la communauté de communes. Pour rappel, ce sont bien les élus municipaux qui géreront aussi la communauté de communes (élection par fléchage)
- le classement des arbres, haies et forêts dans le PLUi[6] est jugé prioritaire par Louis Basdevant et Rémy Rebeyrotte, mais non pertinent par Cyril Brûlé et non prioritaire par Sophie Drouhin et Guillain Gilliot. Les répondants n’ont pas pu motiver leur réponse, mais leur timidité vis-à-vis du classement du végétal dans les PLUi, quasiment la seule solution en matière de protection, nous questionne.
- la traçabilité de la biomasse brûlée dans les chaufferies urbaines est pour nous une urgence mal appréhendée. Etrangement, Véronique Pacaut estime qu’Autun n’est pas concernée, alors qu’il s’agit pour nous d’un sujet extrêmement important et trop peu contrôlé. Vincent Chauvet valide l’item sans y accorder un niveau d’importance, Sophie Drouhin et Rémy Rebeyrotte le juge non prioritaire.
La question 4 portait sur les acteurs sur lesquels les candidats souhaitent s’appuyer pour la transition énergétique et climatique
Les agences d’Etat (ADEME, CEREMA…) ressortent, avec la Région, comme l’appui technique privilégié par les candidats. Espérons qu’ils soient entendus lors des arbitrages budgétaires nationaux… Viennent ensuite les associations environnementales, et les acteurs économiques. Il faut noter que les collectifs citoyens, les associations d’élus, le département, les consultants indépendants et les universités sont nettement en retrait.
L’écologie est un sujet souvent techniquement complexe qui nécessite des compétences professionnelles pointues et variées. Les collectifs citoyens, cités seulement par Louis Basdevant et Cyril Brûlé, jouent un rôle important dans de nombreux territoires ruraux (exemple des centrales villageoises) en apportant expertises et connaissance du terrain.
La question 5 portait sur les atteintes à l’environnement
Presque tous les répondants s’engagent à poursuivre systématiquement les atteintes à l’environnement et à soutenir les forces de police de l’environnement. Cela nous réconforte, notamment dans un contexte où l’OFB (Office Français pour la Biodiversité), la police française chargée notamment de ces questions, est violemment ciblé par certains partis et élus.
Seule Sophie Drouhin ne prend pas cet engagement.
Rémy Rebeyrotte rappelle à juste titre que c’est une obligation découlant de l’article 40 du code de procédure pénale, mais nous savons combien, dans la pratique, les atteintes à l’environnement restent peu contrôlées et peu sanctionnées.
La question 6 portait sur les forêts du Morvan et de l’Autunois
Les candidats ayant répondu, sauf Véronique Pacaut, Sophie Drouhin et Guillain Gilliot, soutiennent le développement d’une sylviculture mélangée à couvert continu et le principe d’interdire les coupes rases (cette interdiction relevant de l’Etat, notre question visait essentiellement à recueillir un soutien politique). Nous sommes très heureux de ces soutiens sur un sujet qui nous est cher.
Véronique Pacaut ne répond pas, expliquant que le sujet est géré par l’ONF. Or, seuls 15% environ des surfaces des forêts concernent l’ONF ; notre question ne se limitait pas à ces seules forêts publiques et la malforestation est concentrée surtout sur la forêt privée. Sophie Drouhin ne s’estime pas assez informée pour répondre.
La question 7, qui visait à connaître la position des candidats quant à un moratoire sur toute nouvelle installation commerciale en périphérie urbaine, divise les répondants. Deux candidats, Vincent Chauvet et Louis Basdevant soutiennent ce moratoire. La position de Vincent Chauvet nous semble importante car la ville d’Autun est fortement concernée par le sujet et a connu ces dernières années un fort développement commercial hors les murs. Du reste, Rémy Rebeyrotte se dit favorable à ce moratoire « après Bellevue » mais le problème des dernières années concerne pour nous surtout Bellevue qui dévitalise le centre-ville et accroit les déplacements automobiles.
Véronique Pacaut ne répond pas, estimant qu’un moratoire ne serait pas juridiquement étayé. Or, nous savons que les élus locaux jouent un rôle important dans les autorisations de nouveaux commerces via l’urbanisme commercial. Sophie Drouhin, Cyril Brûlé, Didier Laubérat et Guillain Gilliot ne valident pas un tel moratoire, mais Cyril Brûlé explique que les zones commerciales sont accessibles à pied et que sa liste souhaite améliorer et sécuriser cette desserte.
Enfin, la question 8 visait à proposer que l’un.e des adjoint.e.s soit délégué.e à la santé environnementale. Vincent Chauvet, Véronique Pacaut et Didier Laubérat ont validé cette proposition. Rémy Rebeyrotte n’évoque qu’une délégation à la santé en général, tandis que Louis Basdevant propose de conserver cette compétence au niveau du maire. Il est vrai aussi qu’une ville de la taille d’Autun ou du Creusot nomme de nombreux adjoints pour assister le.a maire.
SYNTHESE
-> L’absence de réponse à notre questionnaire de trois-quart des têtes de listes est inquiétante, tant une commune peut agir concrètement en faveur de l’écologie, ce que demandent selon tous les sondages une très grande majorité d’électrices et d’électeurs. Aux citoyennes et citoyens motivés de « monter au créneau » et/ou de rejoindre une association de protection de l’environnement !
-> Pour celles et ceux qui ont répondu, leur approche est très pragmatique et tournée vers le confort actuel et à venir des habitants. Les approches économiques et scientifiques semblent moins mises en avant. L’écologie est pourtant un sujet complexe qui nécessite souvent le recours à des experts et à des outils de mesure
-> Les problématiques de la forêt et de la biomasse, très liées à la question climatique, semblent encore insuffisamment appréhendées par certains candidats. De même, le développement des énergies renouvelables ne semble pas forcément aller de soi.
-> l’association étroite des citoyennes et citoyens aux politiques de transition n’apparaît pas non plus comme une évidence.
-> les têtes de liste qui ont bien voulu nous répondre échappent en grande partie au « backlash écologique » en prêtant peu d’attention aux attaques populistes contre le bio, ou contre l’OFB véhiculées par certains partis et médias radicalisés.
[1] Nous n’avons pas trouvé le contact de la liste « l’alternative » à Broye qui n’a donc pas reçu notre questionnaire
[2] backlash = retour en arrière ; référence au rejet croissant des politiques climatiques observé dans de nombreux pays occidentaux
[6] Plan Local d’Urbanisme intercommunal