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Autun Morvan Ecologie

Marche pour la forêt

QUATRE CHEMINS MÈNENT AU TRONÇAIS

Nous étions partis d'Autun le matin tôt pour achever le périple de la « marche pour la forêt » qui était partie de Mulhouse, et de Dole, il y a plus d'un mois et que nous avions accompagné à Epertully (71) Broyes (voir p ...) et (voir p...) pendant que 3 autres marches convergeaient de Strasbourg, de Perpignan, et de Valence, vers la forêt légendaire du Tronçais, nous avions l'impression avec ces marcheurs et marcheuses qui arboraient le Tshirt de la marche, figurant un arbre vert sur leur ventre, que c'était la forêt qui s'était mise en marche ! Le choc à l'arrivée fut de voir 1500 arbres réunis et tous ces innombrables uniformes vert-sombres des agents forestiers de l'ONF, ici rassemblés venant des 4 coins de France, bérets, casquettes, képis même, et dessous, des centaines de visages graves. Des masques tragiques. On le sait les visages des forestiers sont tous uniques, burinés, halés, barbus, souriants, avenants ou renfermés, mais là tous ces solitaires sortis du bois qui se retrouvaient ensembles étaient impressionnants, terriblement graves ! Il y avait de la fatigue mais aussi du sérieux et de l'inquiétude, et ça parlait dans tous les coins, dans tous les petits cercles où ils se retrouvaient, et aussi dans la grande assemblée. Ils se rassemblaient entre eux et avec d'autres civils citoyens... La gravité de la situation est simplement mesurable : 1726 suppressions d'emplois sur 9000 forestiers dont 300 par an sur 5 ans et dans le même temps l'arrêt des concours, pas d'entrée de jeunes. Démantèlement d'un très ancien service public de très anciennes forêts...

UNE FORÊT D'HISTOIRES ET DU TEMPS

Vous le voyez dès l'orée de la forêt du Tronçais, il y a là des arbres qui s'élancent dans la lumière, vous voyez à l'oeil nu un trésor comme quand vous pénétrez dans la forêt de Brocéliande, des Bertranges, ou d'autres chez vous, vous prenez conscience d'un « bien commun » comme disent les forestiers, d'une richesse rare en Europe. C'est que l'Office National des Forêts c'est-à-dire les forêts de l'état et les communes forestières possèdent 25 % des forêts qui représentent 50% en valeur de ce bien public, comme ici en Tronçais où le m3 de chêne vaut de l'or... Mais nos forestiers dans leurs récits de la marche disent surtout que la valeur des arbres n'est pas seulement économique ou industrielle, ils rappellent leur rôle social, touristique, culturel, mais aussi leur rôle écologique, les forestiers assermentés assurent la sécurité écologique, et encore le rôle climatique d'absorption du CO2 du couvert arboricole... Ce qu'ils racontent surtout c'est leur amour de la forêt, leur savoir-faire, leur connaissance de la nature. L'un, à l'accent de l'est s'interroge sur les mots, le martelage des arbres à vendre sont appelés maintenant « désignation en abandon » (sans commentaire, l'étymologie de a bandon est : au pouvoir de...). L'autre dit très en colère en levant haut son marteau de martelage : nos anciens nous disaient : « c'est nous qui tenons le marteau » et de raconter qu'il n'est pas question de ne plus marquer les arbres à couper et ceux à garder « en réserve », et d'abandonner les arbres à l'arbitraire. Mon voisin forestier me dit que son marteau avec quoi il fait l'entaille dans le pied de l'arbre (le flushing) puis la marque de coupe, est déposé dans un coffre-fort à Autun... Un autre va parler de « résistance éthique », un autre dit « qu'il n'y aura bientôt plus de 50 et plus ». Là ça demande une explication technique sur la mesure des arbres et de vous emmener dans les visites en forêt... Où l'on voit un arbre de 80 de diamètre, mesuré au compas...

DES ARBRES REMARQUABLES

Plutôt que d'aller au théâtre voir Giono et «l'homme qui plantait des arbres» ou une démonstration de débardage à cheval, j'ai choisi d'aller voir les arbres remarquables. Il y en a encore 19. La marche se finit là au cœur de la forêt du Tronçais à la futaie Buffevent au rond-point Richebourg, dans la Colbert 2, et François le garde du coin nous emmène vers le chêne François Perron au milieu d'une parcelle de 1811, avec des chênes rouvres plantés serrés à 10 m les uns des autres, « celui-là voyez il a deux cents ans qu'il dit, un diamètre de 80 il a plus de 200 ans, ici les chênes montent à 35-37 mètres, le record c'est à 47, ça monte à 600 euros le M3 et en merrain pour les tonneaux ça va au dessus de 1000! Quand tu vas dans l'ancienne Colbert les chênes ils ont 350 ans de moyenne ils sont à 2 mètres, les anciens forestiers ils pensaient qu'ils poussaient mieux serrés alors que c'est le sol en profondeur qui leur donnent la hauteur, là c'est limoneux ». Là-bas dans l'ancienne Colbert il y a le Stebbing 2, il a 350 ans, 4m50 de circonférence, 23 m3, 37m de hauteur. Il y a aussi le Saint-Louis qui a pris la foudre et s'est cicatrisé et qui né au XVIéme pousse encore vite 4M75 de tour ! Oh ! Il y en a des noms ! Là, je me souviens de la lecture d'un texte de l'ami Lacarrière que j'avais lu lors de l'étape de la marche à Epertully (71) où j'anticipais déjà l'arrivée ici, il parle très bien de ces arbres remarquables : « Dans cette forêt, aucun chêne ne ressemble trait pour trait, tronc pour tronc, à un autre (...) la nature du sol joue un rôle essentiel dans leur croissance et dans leur apparence. Nommer un arbre c'est dire qui il est et d'où il est. Les noms donnés ici sont génériques comme La Sentinelle, Le chevelu, Les jumeaux, Le Trio ou se réfèrent à des personnalités de l'endroit, écrivains comme Emile Guillaumin, Jacques Chevallier ou Charles Louis Philippe »

	Je prends conscience ici du temps et je réalise vraiment que la forêt est à tout le monde c'est notre bien commun .

LE MANIFESTE DE SAINT-BONNET-DE-TRONÇAIS

En fin de journée, j'avais compris que pour les gardes du temps et des bois, le paradoxe était qu'ils ne pouvaient pas travailler avec le temps dans le durable et dans le même temps dans la productivité de l'industrialisation intensive, ce qui les « désespéraient ». Là est le grave de la situation. En nos Temps douteux. Ma voisine avec qui je discutais de ça disait : « ils travaillent avec les arbres, dans le temps, avant nous et après nous, et ça pousse au présent sous nos yeux ». Le durable et l'instant présent. C'est alors que tout le monde s'est levé en applaudissant dans l'élan de la lecture du manifeste. L'espoir que le monde bouge et se déplace avec les forêts... Juste quelques EXTRAITS :

MANIFESTE DU TRONCAIS

(...) La forêt n’est pas un objet de spéculation financière de court terme. C’est le rempart de nos enfants face à une crise écologique et climatique qui s’emballe. C’est l’eau potable, la biodiversité et la résilience, l’épuration de l’air, le stockage d’une partie du carbone en excès dans l’atmosphère et la possibilité d’en stocker dans le bois matériau. C’est aussi notre lieu de connexion avec la Nature. Renoncer à tous ces bienfaits serait pure folie. C’est pourtant ce qui se profile en Europe et en France, métropolitaine comme dans les départements ultramarins, avec les incitations croissantes à transformer les forêts pour satisfaire des appétits industriels de court terme non soutenables. Comble du cynisme, ces orientations sont présentées depuis le Grenelle de l’environnement sous couvert d’écologie. (...) La démarche de privatisation de l’Office national des forêts, et l’industrialisation croissante qui l’accompagne doivent être reconsidérées au regard des multiples enjeux des forêts pour la société d’aujourd’hui (climat, biodiversité, emploi et économie). La notion de bien commun impose par ailleurs que la société civile prenne part aux décisions forestières, et dispose d’un droit de regard sur la gestion des forêts publiques qu’elle reçoit en héritage et doit transmettre à ses enfants.

Nous soussignés, citoyens et représentants d’organisations concernés par le sort de la biosphère, réunis ce 25 octobre 2018 au pied des chênes pluricentenaires de la forêt domaniale de Tronçais, demandons solennellement la convocation d’un grand débat public, que la forêt française mérite aujourd’hui plus que jamais depuis plus d’un siècle. Mobilisés, vigilants et unis, nous entendons nous rencontrer régulièrement pour débattre des orientations cruciales de la politique forestière, élargir et amplifier la dynamique enclenchée ce jour.

SIGNATAIRES :

Les syndicats de l’ONF, les Amis de la Terre, Global Forest Coalition, France Nature Environnement, Action Nature Rewilding France, la Ligue pour la Protection des Oiseaux, Humanité et Biodiversité, Greenpeace, Agir pour l’Environnement, Forêt citoyenne, le Réseau pour les Alternatives Forestières, les syndicats forestiers membres de l’intersyndicale de l’ONF, SOS Forêt France